Bruno Rotival, photographe du silence

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«Dans ce monde qui ne nous laisse que peu de temps pour
réfléchir, peu de place pour nous exprimer, peu de moments
pour nous arrêter, comment définir les rencontres qui justement ont fait naître nos plus intenses émotions, celles des
mouvements de l’âme et du cœur, celles précisément que
l’on découvre lentement lorsque l’on prend le temps de cette
halte nécessaire?
Comment vivre ces fragments de vie extirpés de notre quotidien ? Comment faire pour être le plus près possible de
la vérité, ne pas trahir, ne pas mentir, ne pas faire de mal?
Comment s’enthousiasmer sans excès pour l’existence de
ceux qui ont choisi cette forme de vie particulière?»
Bruno Rotival

Photographies illustrant l’article :
« Monastère Sainte-Claire de Paray-le-Monial »
Bruno Rotival, 2003

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Comment rendre compte du silence par la photographie ? Durant toute sa carrière d’artiste, Bruno Rotival (1951-2019) a tenté de répondre à cette question par l’image, en capturant l’éphémère à l’intérieur des monastères. Derrière la clôture, espace de vie réservé aux religieuses et religieux, se trouve un quotidien de prière et de travail : « C’est une vie de prières interrompue par le travail et non pas l’inverse. Tout est prière dans la journée du moine ». Bruno Rotival ne cherche pas l’exceptionnel au cœur du monastère. Il rend compte de lieux où les gestes et les actions sont répétés, rythmés par les offices et régis par la règle de saint-Benoît. « Le moine qui va sept fois par jour à l’office n’est pas dans l’événement, mais, dans le même temps, la prière est toujours une rencontre unique ». C’est d’ailleurs ainsi que Bruno Rotival tente d’approcher le silence : en l’absence de l’inutile et de l’artifice. Le noir et blanc, qu’il utilise exclusivement, participe de cette recherche. « Le monastère est un monde en noir et blanc : les pierres, les hommes, l’intérieur de la clôture ». 

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Depuis 1976, date de son premier travail sur le monastère de la Grande Chartreuse en Isère, Bruno Rotival a travaillé sur ce sujet unique qui a occupé toute sa vie d’artiste… et d’homme. Difficile de ne pas faire le parallèle entre la quête spirituelle des moines et la quête artistique du photographe, qui se dira toujours profondément athée. « Entre la photographie et la contemplation, la complicité paraît évidente. Toutes les deux sont affaire de pureté, de transparence. Pour un contemplatif et pour un photographe il faut savoir être patient : apprendre sans relâche à garder son âme immobile devant quelque chose de beau. »

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Photographiant plus de quatre-vingt communautés religieuses au cours de sa carrière, Bruno Rotival opère toujours de la même manière : le temps de quelques jours, il vit au rythme du monastère qui lui ouvre ses portes et lui accorde sa confiance. Il immortalise les religieux dans la discrétion, avec un appareil silencieux et sans flash : « Un moine ne prend pas la pose. Quand il prie, il prie vraiment. Les moines oublient ma présence ». Au-delà du reportage documentaire, cette immersion révèle un travail photographique humble et délicat. Les portraits montrent souvent des visages marqués par le temps, témoins d’une vie consacrée à l’intériorité. « Ce sont des visages qui ont beaucoup prié ». Le noir et blanc a la capacité de figer le temps, de rendre le sujet intemporel. Les clichés sèment le doute : ont-ils été pris hier ? Il y a un demi-siècle ? Pour Bruno Rotival, l’essentiel ne se situe pas là mais dans cet « art du vivant » qu’il affectionne.

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Le travail prolifique de Rotival – treize ouvrages publiés – a voyagé partout dans le monde, de Cluny jusqu’à Taïwan. En 2007, une exposition lui était consacrée au Cloître de Paray-le-Monial, à l’occasion du 9ème centenaire de la Basilique. En 2018, la série photographique réalisée au monastère des clarisses de Paray-le-Monial (2003) était présentée au Hiéron en écho à l’exposition « Geneviève Gallois, peintre et moniale ». Bruno Rotival s’est éteint peu après, en juillet 2019, alors qu’il préparait une exposition à l’abbaye cistercienne de Sept-Fons, dans l’Allier. Le Hiéron souhaite lui rendre hommage en partageant son travail au plus grand nombre …

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Propos de Bruno Rotival extraits de l’interview de radio RCF (2016)
Photographies : série « Monastère Sainte-Claire de Paray-le-Monial », 2003, © Bruno Rotival


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Nombreux sont les artistes à s’intéresser au monde monastique… 
Découvrez la série « Gloires de l’ombre », dédiée à la Basilique de Vézelay, du photographe Philippe Brame :
Portfolio
Le travail de Philippe Brame (né en 1965) a fait l’objet d’une exposition au musée du Hiéron en 2019
« Libre à Philippe Brame, photographies et poèmes ».

« Gloires de l’ombre », Philippe Brame, 2006, ©Philippe Brame

 

2 réflexions sur “Bruno Rotival, photographe du silence

  • 19 avril 2020 à 9 h 53 min
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    Vision émouvante pour moi que ces photos du silence de Bruno Rotival !
    J’ai été « enfant de chœur » chez les sœurs Clarisses il y a plus de 75 ans

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